Lâcher prise pour mieux bâtir : les souhaits d’un entrepreneur pour son écosystème
Publié le 2 avril 2026
Au Sommet MAIN, Félix-Antoine Huard n’a pas livré une conférence sur la croissance, le financement ou les succès entrepreneuriaux. Il a parlé de lui, de son histoire, et a livré quelque chose de plus exigeant, comme un message à l’écosystème.
2 mots: lâcher prise.
On aime raconter que l’écosystème « fait émerger » des entreprises, qu’il « accélère » leur croissance et qu’il « propulse » des entrepreneur.es. Félix-Antoine Huard apporte ses nuances.
« Rien de ce que je vis aujourd’hui ne serait possible sans un écosystème. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne se serait pas rendus [là où on est]. Ça n’aurait simplement pas été aussi facile. »
Une histoire d’entrepreneuriat… et de refus
Le parcours de Félix-Antoine Huard n’est pas une ligne droite. C’est une succession d’expériences, souvent imparfaites. Il nous parle des premiers projets dès le primaire, des initiatives au secondaire, deux entreprises lancées… et échouées, un retour aux études, puis un Startup Weekend qui devient un point de bascule.
Et surtout, un moment charnière: une offre de financement en capital de risque. Un « gros chèque ». Qu’ils ont refusé. On leur a fait réaliser la valeur de leur ressource la plus importante: leur équipe.
« Si vous voulez investir en nous [et pas notre produit], nous aussi, on peut investir en nous. »
À la place : des repas de ramen, de l’incertitude, et la création de Rum&Code.
Félix-Antoine et son équipe ont décidé à partir de là d’assumer le risque.
Ça prend quoi, selon lui, pour avoir un écosystème qui fonctionne?
À travers son parcours, Félix-Antoine illustre qu’un écosystème utile n’est pas celui qui contrôle, mais plutôt celui qui rend possible.
Un écosystème:
1. Prend des risques : pas seulement financiers, mais aussi humains, structurels, et réputationnels.
2. Prend les entrepreneur.e.s au sérieux: même quand leurs idées semblent absurdes.
3. S’adapte: il écoute, ajuste ses processus, co-construit.
4. Protège dans les moments critiques: en connectant aux bonnes expertises au bon moment.
5. Pousse à l’action
« L’objectif, c’est qu’à un certain point, ces entreprises-là volent de leurs propres ailes. »
L’innovation ralentit
Ce que raconte son parcours rejoint un constat plus large. Aujourd’hui, au Québec, l’innovation ralentit; c’est ce que relate cet article de La Presse, dans laquelle d’ailleurs Félix-Antoine fait état de ses idées.
Moins d’entreprises innovent et le manque de compétences est identifié comme frein majeur.
L’innovation repose sur :
- le droit à l’erreur;
- la sécurité psychologique;
- la capacité à tester rapidement et ajuster.
Accompagner une entreprise, c’est accompagner un humain, et le point le plus fort de son intervention n’est pas stratégique: il est profondément humain.
« L’écosystème n’a jamais été là pour faire notre business à notre place. Il a accompagné les humains derrière l’entreprise. »
On ne construit donc pas des entreprises. On accompagne des personnes qui en construisent.
Félix-Antoine Huard termine avec une métaphore simple: il est devenu père. Et comme tout parent, il sait qu’un jour :
- il devra laisser aller,
- laisser essayer,
- laisser tomber,
- laisser apprendre.
« On les a vus petits… puis à un moment donné, on leur souhaite bonne chance. Et cette chance-là porte fruit. »