L’entrepreneuriat au centre des politiques de développement économique

Au Sommet MAIN en février 2026, Zachary Barker, directeur de l’entrepreneuriat à l’International Economic Development Council (IEDC), a livré une intervention marquante sur un enjeu central pour l’avenir de nos territoires : l’entrepreneuriat doit être central aux politiques de développement économique

Son message était clair : les économies locales ne deviennent pas résilientes en misant uniquement sur l’attraction ou la rétention de grandes entreprises. Elles le deviennent lorsqu’elles investissent durablement dans leur propre talent entrepreneurial.

Développement économique : de quoi parle-t-on vraiment?

Dans sa forme la plus simple, le développement économique vise à construire des économies diversifiées et résilientes. Autrement dit, des économies capables de ne pas dépendre d’un seul secteur, d’encaisser les crises et de rebondir.

Pour illustrer ce point, Zachary Barker a pris l’exemple de la Louisiane, où une forte dépendance au pétrole et au gaz rend l’économie vulnérable aux fluctuations de marché. Quand le secteur va bien, tout semble prospérer. Quand il s’effondre, les communautés en paient le prix.

L’entrepreneuriat comme réponse structurelle

Selon Zachary, l’entrepreneuriat ne doit pas être vu uniquement comme un ensemble de projets individuels, mais comme une infrastructure vivante de développement économique.

Pourquoi? Parce que les entrepreneur.e.s :

  • créent de nouvelles activités,
  • diversifient l’économie,
  • innovent à partir de besoins réels,
  • s’ancrent plus durablement dans leur communauté,
  • contribuent à bâtir une prospérité moins dépendante des grandes décisions externes.

Investir dans les entrepreneur.e.s à l’échelle locale, c’est investir dans des gens qui connaissent déjà le territoire, qui en partagent la culture, les réseaux et les enjeux, et qui ont souvent un lien affectif profond avec leur milieu.

Professionnaliser l’accompagnement entrepreneurial

Une autre idée forte de son discours concernait la professionnalisation du soutien à l’entrepreneuriat.

Pour lui, il faut reconnaître que :

  • les professionnel.le.s qui accompagnent les entrepreneur.e.s développent une expertise pointue;
  • les organisations où travaillent ces professionnel.le.s jouent un rôle stratégique dans le développement économique.

Les entrepreneur.e.s gagneraient à ce que ces personnes et organisations soient davantage reconnues. 

[MAIN vous invite à (re)découvrir le Cercle, le réseau de référence des professionnel.le.s de l’accompagnement des entrepreneur.e.s]

Les incubateurs comme des pipelines de talent

Un incubateur ou un accélérateur ce n’est pas seulement un lieu. C’est un environnement d’apprentissage appliqué. On n’y développe pas seulement des idées; on y développe des compétences, des réflexes, de la résilience, de la capacité à vendre, à planifier, à modéliser et à rebondir. Autrement dit, on y fabrique du talent économique.

Cette lecture rapproche l’entrepreneuriat des politiques de développement de la main-d’œuvre. Et c’est un déplacement important : si les gouvernements reconnaissent davantage la formation entrepreneuriale comme un investissement en compétences, de nouvelles voies de financement et de légitimation peuvent s’ouvrir.

Un message particulièrement pertinent pour le Québec

L’échange entre Zachary et Louis-Félix Binette, directeur général à MAIN, a également mis en lumière quelque chose de fondamental pour le Québec : le territoire déborde de talent brut, d’ingéniosité, de débrouillardise, de capacité à inventer des solutions.

Ce qui manque trop souvent, ce n’est pas le potentiel. C’est l’infrastructure, la reconnaissance et la stratégie qui permettent à ce potentiel de devenir une force économique pleinement assumée.

Au fond, le cœur du message de Zachary tient en une phrase : il faut investir dans les gens qui créent, ou reprennent, des entreprises d’ici. Attirer une multinationale peut parfois avoir du sens. Mais cela ne peut pas être la seule stratégie. Un territoire résilient se construit aussi — et peut-être surtout — en activant le potentiel entrepreneurial déjà présent chez lui.

C’est là que les centres entrepreneuriaux, incubateurs, accélérateurs et organismes d’accompagnement jouent un rôle essentiel. Non pas en marge du développement économique, mais en son centre.

La conférence de Zachary Barker au Sommet MAIN nous rappelle une chose essentielle : l’entrepreneuriat n’est pas seulement une aventure individuelle. C’est un levier collectif de transformation économique.